Le Reve [Rougon-Macquart XVI] by Emile Zola

Le Reve [Rougon-Macquart XVI] by Emile Zola

Author:Emile Zola [Zola, Emile]
Language: eng
Format: epub
Tags: Les Rougon-Macquart
Published: 2010-07-18T09:19:03.201000+00:00


Chapitre 8

LE lendemain, en s'éveillant d'un sommeil de huit heures, d'un de ces doux et profonds sommeils qui reposent des grandes félicités, Angélique courut à sa fenêtre. Le ciel était très pur, le temps chaud continuait, après un gros orage qui l'avait inquiétée, la veille; et elle cria joyeusement à Hubert, en train d'ouvrir les volets, au-dessous d'elle! - Père, père! du soleil ! … Ah! que je suis contente, la procession sera belle! . Vite, elle s'habilla pour descendre. C'était ce jour-là, le 28 juillet, que la procession du Miracle devait parcourir les rues de Beaumont. Et, chaque année, à cette date, il y avait fête chez les brodeurs: on ne touchait pas une aiguille, on passait la journée à orner le logis, d'après tout un arrangement traditionnel, que, depuis quatre cents ans, les mères léguaient aux filles. Angélique, en se hâtant de prendre son café au lait, s'occupait déjà des tentures. - Mère, on devrait les visiter, pour voir si elles sont en bon état. - Nous avons le temps, répondit Hubertine de sa voix placide. Nous ne les accrocherons pas avant midi. Il s'agissait de trois panneaux admirables d'ancienne broderie, que les Hubert gardaient avec dévotion, comme une relique de famille, et qu'ils sortaient une fois l'an, le jour où passait la procession. Dès la veille, selon l'usage, le cérémoniaire, le bon abbé Cornille, était allé de porte en porte avertir les habitants de l'itinéraire que suivrait la statue de sainte Agnès, accompagnée de Monseigneur portant le Saint Sacrement. Il y avait plus de quatre siècles que cet itinéraire restait le même: le départ se faisait par la porte Sainte-Agnès, la rue des Orfèvres, la Grand-Rue, la rue Basse; puis, après avoir traversé la ville nouvelle, on regagnait la rue Magloire et la place du Cloître, pour rentrer par la grande façade. Et les habitants, sur le parcours, rivalisaient de zèle, pavoisaient les fenêtres, tendaient les murs de leurs plus riches étoffes, semaient le petit pavé caillouteux de roses effeuillées. Angélique ne se calma que lorsqu'on lui eut permis de tirer les trois morceaux brodés du tiroir où ils dormaient l'année entière. - Ils n'ont rien, rien du tout, murmurait-elle, ravie. Quand elle eut enlevé soigneusement les papiers fins qui les protégeaient, ils apparurent, tous les trois consacrés à Marie: la Vierge recevant la visite de l'Ange, la Vierge pleurant au pied de la croix, la Vierge montant au ciel. Ils dataient du quinzième siècle, en soie nuancée sur fond d'or, d'une conservation merveilleuse; et les brodeurs, qui en avaient refusé de grosses sommes, en étaient très fiers. - Mère, c'est moi qui les accroche! C'était toute une affaire. Hubert passa la matinée à nettoyer la vieille façade. Il emmanchait un balai au bout d'un bâton, il époussetait les pans de bois garnis de briques, jusqu'aux charpentes du comble; puis, il lavait à l'éponge le soubassement de pierre, ainsi que toutes les parties de la tourelle d'escalier qu'il pouvait atteindre. Et les trois morceaux brodés, alors, prenaient leurs places.



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